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Makemo – un atoll de lumières

Atoll de Makevo

Grain de sable au coeur de l’océan Pacifique, l’atoll de Makemo est situé au centre de l’archipel des Tuamotu que les navigateurs du XVIIIe siècle avaient qualifié de dangereux car les îles rases qui le composent apparaissent en dernière minute sur la ligne basse de l’horizon.

Motu de Makemo
Motu de Makemo

Makemo atoll de l’archipel Tuamotu

Situé dans les Tuamotu Centre, l’atoll mesure 5 à 8 kms de large et s’étire sur 65 kms du nord-ouest au sud-est. Il possède deux passes :

  • Arikitamiro à proximité du village de Poeheva
  • Tikaranga au nord

Nombreux sommes-nous à croire qu’un atoll reste une île de corail et qu’une fois qu’on en a vu une, on les a toutes vues. Déduction hâtive de l’occidental pressé, consommateur uniquement de nouveautés et qui passe sans cesse à côté de l’essence même des choses. Makemo, comme tous les autres atolls des Tuamotu, a son caractère. Le fragile anneau de corail posé sur la surface du monde est un enchantement sans cesse renouvelé d’une lumière presque spirituelle et d’un bleu d’une rare pureté. Partir à la rencontre de cette île isolée du monde laisse un éblouissement au fond du coeur.

A l’endroit où la terre semble s’effacer pour laisser la mer et le ciel se rejoindre, se trouve l’atoll de Makemo. Baigné des bleus outremer du Pacifique et turquoise de son immense lagon intérieur, l’atoll est éblouissant de lumières. Deux immensités céruléennes l’encerclent. D’un côté, l’océan Pacifique marque le temps qui passe au rythme des vagues s’échouant sur les rivages exposés. De l’autre, le lagon de plus de 65 km de long s’étend du nord-ouest au sud-est et déploie à l’infini des couleurs lumineuses aux tonalités de pierres précieuses : saphir, turquoise, jade et émeraude. Sous les rayons intenses du soleil, la lumière est partout : dans le ciel, sur le sable, dans l’écume des vagues, dans le fond de la terre et même dans le fond du lagon.

Le long de la sinueuse route de corail qui relie l’aéroport au village principal de Poeheva ­ appelé à tord aujourd’hui “Pouheva” , le vert gorgé de soleil des feuilles de kahaya et des palmes de cocotier se découpe avec intensité sur la roche grise de corail, saturée de chaleur, qui depuis des siècles compose le socle même de l’atoll. À l’heure chaude du jour, le sable blanc du bord de lagon devient aveuglant. Lumières du ciel et de la mer se projettent sur les grains de corail et il ne reste au visiteur ébloui de blancheur qu’à plisser les yeux pour pouvoir admirer et se laisser porter au surprenant spectacle qui s’ouvre devant lui.

La légende de Poeheva

Oro, le roi de Tahiti, offrit à la reine de Makemo, Vahua, la plus belle des femmes de l’atoll, deux perles de Tahiti : Poekura et Poekonini. La reine, qui habitait sur le motu situé sur le versant de la passe opposé au village, prit les deux perles, les noua dans son pareu, et traversa la passe à la nage. Le courant dénoua son paréo et les perles furent perdues. Arrivée sur l’autre rive, Vahua pleura beaucoup, c’est pour cela que le village s’appelle Poeheva, poe pour perle et heva pour pleurer.

Lumières blanches.

Les habitants du village se protègent d’ailleurs de cette lumière. Ils passent les heures les plus chaudes de la journée dans leur fare. Les dimanche, une fois l’office terminé, ils se retrouvent sous les arbres de l’église St Joseph dont les murs blancs participent à l’éblouissement du ciel et de la mer. Ils échangent alors les dernières nouvelles, s’empressent de saluer avec chaleur le visiteur égaré, pendant que les Anciens entonnent des himene devant la chapelle consacrée à la Vierge Marie. Les cloches prennent le pas, annonçant la fin officielle de la cérémonie, et chacun peut alors retourner à ses occupations et préparer le repas dominical. Le sommet du clocher de l’église est le plus haut point de vue de l’atoll, après la cime des cocotiers. De là-haut, il est possible d’admirer le lagon et de constater à quel point il constitue une mer intérieure à part entière. La passe de Arikitamiro s’étire du nord au sud, tout comme la seconde passe de l’atoll située à une heure et demie de bateau du village à l’extrême nord de l’île. Une fois par semaine, la goélette s’arrête au quai de la première passe. La population attend avec impatience le seul contact après l’avion qui la relie au reste du monde. Vivre sur un atoll c’est accepter de s’isoler sur un brin de sable au paradoxe inédit : l’immensité de l’espace et l’isolement du mode de vie.

Village de Makemo
Village de Makemo

Le Site des Ruines de Punakuru

Cette impression d’isolement, on la ressent lorsqu’on visite les ruines de Punaruku, l’ancien village de Makemo. À quelques miles au sud de la seconde passe de l’atoll, au coeur d’un paysage paradisiaque, le long d’une plage de sable de corail rose, vierge de toute présence humaine et où seuls les bernard-l’hermite se promènent, les vestiges de maisons de corail, visiblement abandonnées depuis des décennies et désormais envahies par la végétation luxuriante du motu, sont visibles. Altières, elles sont en droit de l’être, car résister pendant plus de 100 ans aux tempêtes, au soleil et aux vents d’un atoll des Tuamotu est un signe de solidité ! Émouvantes, elles le sont aussi, car leur présence entraîne l’imaginaire du spectateur égaré sur cette langue de sable plus d’un siècle en arrière.

Des gens, des Puamotu, vivaient là, en société. On ne sait depuis quand et pendant combien de temps. La raison pour laquelle ce village est mort reste inconnue des habitants de Poeheva. La petitesse de nombreuses tombes qui jouxtent les ruines des habitations laissent à penser que des maladies auraient emporté la plupart des villageois, les enfants y compris. Sur la stèle de l’une d’entre elles, on peut y lire l’année du décès, 1925. Sur une autre, des fleurs ont été gravées dans la pierre… De nos jours, la plupart des tombes sont abandonnées, mais les tiare fleurissent toujours sur les lieux.

 

Pouheva - Village de Makemo
Pouheva – Village de Makemo

Le secret de l’ancien village.

En poussant l’enquête un peu plus loin, il apparaît que seuls les Anciens de Poeheva connaissent le secret de Punaruku. Certains habitants ont accepté de nous livrer ce qu’il ont entendu de ses propres parents et grands-parents :

Le village de Punaruku était un grand village. Il devait y vivre au moins 300 personnes. Il y avait une mairie, une prison et la seule église de l’atoll. Les rares personnes qui vivaient alors à Poeheva venaient assister à la messe à Punaruku.

La seule maison dont les murs en blocs de corail sont toujours debout serait l’ancienne prison du village. Un habitant nous explique que les constructions d’antan se faisaient avec les matériaux qui se trouvaient sur l’atoll.

Les Anciens taillaient des blocs de corail. Pour fabriquer le ciment qui permettait de les souder les uns aux autres, ils creusaient un grand trou où étaient jetés du bois et toutes sortes de cailloux. Ces derniers fondaient et ce mélange était utilisé comme du ciment.

Mais la situation géographique de Punaruku expliquerait la raison pour laquelle les gens abandonnèrent ce village :

Par forte houle, Punaruku était régulièrement inondé. En 1906, il y eut un fort ouragan et les villageois, par souci de sécurité, émigrèrent petit à petit vers le village de Poeheva, plus protégé des intempéries en raison de la proximité de la passe Arikitamiro.

Année après année, Punaruku fut déserté, mais les habitants sont convaincus que l’âme de ce village est toujours présente sur les lieux :

Quand plus jeune nous allions chercher le coprah et que nous passions au large du village désert, un immense feu brûlait au coeur du village…

Makemo Atoll
Makemo Atoll

Au Sud de Makemo : un lagon ouvert sur l’océan

Les cocotiers sont la seule verticalité qui coupe la ligne d’horizon, une ligne infinie que ce soit côté océan ou côté lagon. Ce dernier est si immense que la barrière récifale qui fait face au village est invisible. À Makemo, ce phénomène toujours jugé étrange car il repousse les limites et accentue l’impression de n’être rien au milieu de tout, est encore plus fort car le long du platier Sud, pas un seul motu, pas un seul morceau de terre, ne sourd de la surface de l’eau. Vue du ciel, cette portion de l’atoll rappelle la pureté primitive de ces anciens volcans submergés par les eaux.

L’océan Pacifique traverse sans obstacle la dalle corallienne où les blocs de coraux ont été réduits en grain de sable, laissant des traînées ocres au passage de chaque vague. L’écume blanche vient mourir dans un turquoise éblouissant ouvrant les portes d’une mer intérieure où la vie est grouillante. Sur les remontées coralliennes clairsemées dans le lagon, la pêche aux bénitiers est une activité singulière. Sur ces poussières de motu immergées se déploie à fleur d’eau une flore corallienne aux couleurs de pierres précieuses au milieu de poissons multicolores.

Dans le creux des blocs de corail, les bénitiers sont de faciles proies pour les pêcheurs gourmands de leur chair ferme. Leurs robes turquoise, marron, violettes ou vertes n’émeuvent pas les bipèdes qui, armés d’une pique, les arrachent à leur pierre de corail. Les précieux coquillages, après une longue préparation, seront dégustés le soir même comme il se doit !

Sous la surface, le bleu est plus que lumineux.

Un bleu est un bleu, certes, mais à Makemo, le bleu est plus bleu que bleu… Tous les plongeurs qui évoluent sous la surface des eaux limpides de l’atoll sont unanimes : l’eau semble plus pure que partout ailleurs dans les Tuamotu. En raison de l’absence de terre émergée le long des 50 kms de côtes du sud de l’atoll, l’eau du lagon qui sort par les deux passes est peu chargée en sédiments. D’où cette impression d’évoluer dans une eau d’une pureté presque virginale, où la profondeur du bleu de l’océan Pacifique est sublimée.

Dans cette eau de lumières, les coraux déploient leurs branches et leurs couleurs sont éclatantes de sincérité : jaunes de feu, bleus du ciel, rose de parme… Comme aux premiers jours du monde, ils composent l’éclat de la flore sous-marine de l’atoll. Au coeur de cet Eden peu fréquenté par les plongeurs, requins gris, napoléons, bécunes, barracudas et priacantes ont gardé un comportement primitif. Curieux, ils s’approchent des bipèdes palmés qui restent émus et surpris de ces rencontres des premiers jours du monde.

Plonger au coeur de la vraie vie sous-marine des Tuamotu, la sauvage, la sincère, sans surenchère ni recherche de sensationnel, est encore possible à Makemo, où un seul club de plongée existe pour le moment.

Plongée à Makemo
Plongée à Makemo
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