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Takapoto – Un atoll insolite

Atoll Takapoto

Atoll des Tuamotus du Nord, Takapoto  est situé à 560 kms de Tahiti, il est sur la route maritime des îles Marquises et mesure 20 kms de long et 6 de large. Sa particularité : aucune passe.

Découvrir l’atoll de Takapoto

On a tous les goûts des destinations lointaines. Mais l’on hésite toujours avant de réserver un billet d’avion pour des îles inconnues, dont on parle peu ou jamais dans les livres ou les magazines. Ce qui nous fait franchir le pas ? L’envie de jouer les Robinson Crusoé modernes et savourer la délicate sensation d’être un des rares privilégiés ou chanceux à avoir foulé une terre du bout du monde.

L’atoll de Takapoto est un de ces joyaux des mers du Sud encore préservé du tourisme de masse. Sur cette langue de sable, terre de rupture et d’excès, la vie s’écoule en dehors du temps, de sa mesure occidentale et un séjour là-bas est toujours source d’exotisme et d’évasion.
Les voyageurs en quête d’insolite et d’authenticité, dans les hommes comme dans les paysages, ne seront pas désenchantés de leur voyage à Takapoto.

Comment se rendre sur l’atoll Takapoto ? Au départ de Paris : Vols Paris (CdG) par Air France (Paris-Los Angeles-Tahiti) et Air Tahiti Nui (quotidiens en haute saison) et Air New Zealand (Paris- Londres-Los Angeles- Tahiti). De l’aéroport de Tahiti Faaa, 3 vols hebdomadaires Air Tahiti desservent la destination avec une escale à l’atoll voisin Takaroa.

Le dépaysement vécu sur cet atoll lové au coeur du Pacifique Sud est à la hauteur de ce que l’on attend des Tuamotu, cet archipel de plus de 77 atolls, jugé hostile et dangereux par les navigateurs européens du XVIIIe siècle.

Découvert par les Hollandais Schouten et Le Maire en 1616, bien avant que le capitaine Wallis ne découvre Tahiti en 1767, le mince anneau de corail qui forme Takapoto tient à préserver l’authenticité de ses paysages paradisiaques. Ici, à plus de 560 Kms de Tahiti, l’île principale et le centre administratif de la Polynésie française, la vie s’écoule au rythme de la cueillette du coprah et des activités de perliculture. L’atoll ne connaît pas le luxe d’un hôtel 5 étoiles, ni les moteurs des bateaux charters « whale watching » ou des bus qui organisent des tours de l’île.

Les habitants de l’atoll comptent bien préserver leur île du tourisme de masse. Chaque jour qui se lève, la vie s’organise autour du lagon, une large mer intérieure aux couleurs de pierre précieuse et totalement coupée des eaux outremer du Pacifique Sud.

Atoll Polynésien - Photo
Atoll Polynésien – Photo

Spécificités de Takapoto : Atoll des Tuamoto

Les atolls des Tuamotu, ces îles basses coralliennes à la surface de l’eau, ont toujours intrigué les premiers aventuriers qui se risquèrent dans les mers du Sud. En 1839, Darwin écrivait dans ses notes de voyage :

Du sommet du grand mât, on aperçoit de l’eau parfaitement calme à l’intérieur de l’anneau. Ces îles de corail basses, creuses, sont hors de toute proportion avec le vaste océan d’où elles s’élèvent abruptement.

Mais si la plupart des atolls possèdent des passes, des échancrures naturelles qui entaillent la couronne de l’île en permettant le renouvellement des eaux de son lagon, ce n’est pas le cas de Takapoto. Sa mer intérieure est totalement fermée. Seuls les hoa, des chenaux immergés, permettent aux eaux océaniques de pénétrer dans l’anneau corallien. Au coeur de ce circuit fermé, toute la vie de l’atoll est tournée vers son centre. L’océan semble appartenir à un autre monde.

Pourtant, le bruit des vagues se brisant sur le récif externe rappelle sans cesse sa présence aux habitants de l’atoll. C’est le soir, au lever de lune, en écoutant battre les eaux, celles des vagues de l’océan Pacifique et celles du lagon caressant la plage de corail blanc, que l’on prend conscience du grand paradoxe de l’atoll : isolement d’une poussière de terre dans l’immensité de l’océan Pacifique.

Un essaim de fare greffe.

Quand la colère des éléments remplace l’intervention divine, les cyclones défont la fortune des hommes. Le plus beau paradis terrestre peut vite devenir le siège du chaos. Ces intempéries, les Polynésiens ont appris à vivre avec. Certaines fois, elles ne font qu’accélérer le déclin de ce qu’ils ont essayé de bâtir. À Takapoto, comme dans de nombreuses autres îles des Tuamotu, c’est le cas de la perliculture. Il ne reste des belles années qui firent la richesse de l’atoll, que de nombreux fare greffes abandonnés sur les concessions maritimes qui employaient, il y a encore 10 ans, de nombreux Polynésiens dans les fermes perlières.

La chute du cours de la perle noire de Tahiti a marqué le déclin de cette activité qui, pour un atoll sans aucune industrie secondaire ou tertiaire, permettait de retenir les plus jeunes sur leurs terres. Le passage du dernier cyclone en 1998 n’a fait que sonner le glas de nombreuses fermes perlières qui envisageaient de toute façon de fermer face au déclin précipité de leur activité.Sur les visages des habitants de Takapoto, quand on évoque les années noires de la perle noire, on ne lit qu’amères désillusions.

Ils sont nombreux à devoir arrêter et abandonner leur exploitation. Des années de travail acharné, des années de passion sont réduites à néant. Pour survivre sur cette poussière de terre, les propriétaires n’ont qu’une seule voie de sortie : se consacrer à une culture ancestrale, celle du coprah, qui permet de fabriquer le ô célèbre monoï de Tahiti. Au coeur des immenses cocoteraies, les travailleurs dépècent les noix de coco qui sont ensuite séchées au soleil avant d’être acheminées au village principal de l’atoll, Fakatopatere. De son quai, les sacs de coprah sont ensuite embarqués sur une des goélettes qui visitent régulièrement l’atoll. Leur destination finale : l’Huilerie de Tahiti.

Parc à Poisson - Corail
Parc à Poisson – Corail

Marae et parcs à poissons sur Takapoto

Sur le petit atoll de Takapoto, il y a plus de 22 marae ! En marchant à la découverte de l’atoll, il n’est pas rare de découvrir côté terre un marae, enfin ce qu’il en reste. Les missionnaires s’empressèrent à leur arrivée au XVIIe siècle de réduire en poussières ces temples, théâtres de rites jugés païens.

On dénombre plus de 22 marae répartis sur toute la ceinture de l’atoll. Pour Pimati, un des anciens du village, le site qui se trouve à l’entrée de Fakatopatere est de loin le plus insolite :

C’est à cet endroit qu’une belle fille d’un atoll voisin était sacrifiée tous les 5 ans au dieu de la nuit que les guerriers d’alors appelaient Matapo. Ce dieu était moitié homme, moitié invisible

Selon la légebde, Matapo aurait eu 5 fils qui occupèrent chacun une partie de Takapoto. Le plus jeune aurait été le roi de l’actuel village, les quatre autres tribus auraient dépéri, sans qu’aucune explication valable ne soit officiellement avancée à ce jour. Il semblerait que les guerriers de l’une d’entre elles rencontrèrent les marins du bateau de Roggeveen, le navigateur qui révéla l’île de Pâques aux Occidentaux et qui qualifia de « labyrinthe » l’archipel des Tuamotu après avoir perdu un de ses navires en 1722 sur l’atoll de Takapoto.

Pimati est convaincu que certains hommes d’équipage mirent pied-à-terre et s’installèrent quelque temps sur l’atoll. Sa propre grand-mère lui racontait ce qu’elle avait elle-même entendu de ses aïeux :

Sur un des secteurs de l’atoll, il y avait des Puamotu appelés mata narenare, ce qui signifie ceux qui ont les yeux verts et bleus.

Ce métissage ne semble pas avoir traversé les âges puisqu’aucun des habitants de Fakatopatere n’a aujourd’hui les yeux clairs…

Les parcs à poissons

À proximité d’un des marae, au lieu-dit de Takai, la route de corail prend fin. Il n’est pas rare de voir une voiture stationnée à l’ombre d’un cocotier, non loin du large hoa qui s’étire de l’océan au lagon. Quand le soleil est haut dans le ciel, quand la lumière est si forte, si violente, qu’elle en devient aveuglante, il n’est pas de meilleur endroit pour se rafraîchir dans le courant du chenal.

Les eaux ruisselantes qui le balayent viennent directement de l’océan. Mais si les villageois se déplacent sur ce lieu, ce n’est pas pour prendre le frais. Cette activité est plutôt réservée aux enfants et aux touristes. Les habitants de Fakatopatere viennent à Takai munis de leurs épuisettes pour traquer les perroquets, les carangues et autres espèces pris au piège dans le parc à poisson naturel.

Véritable labyrinthe de corail construit par les hommes, le parc est une invention ingénieuse pour retenir les bans de poissons qui se déplacent entre le lagon et l’océan. Seule règle imposée aux pêcheurs : ne pas vendre ce poisson, car il appartient à tout le monde. Sa pêche est exclusivement réservée à la consommation des familles.

Vous pourrez ainsi déguster du poisson cru au lait de coco bien sûr mais aussi les korori au jus de citron, sans oublier les crabes de cocotier et les kaveu.

En septembre et en octobre, à Takai, c’est la grande effervescence : les eaux du hoa se transforment tout à coup en des masses de couleurs turquoise, vertes et bleus. Des centaines de perroquets venant du lagon remontent les hoa pour rejoindre l’océan. Les hommes les retiennent alors à l’aide de filets, prennent ce dont ils ont besoin, et laissent repartir le reste du ban.

Mais il est d’usage de réveiller les rescapés avant de leur redonner leur liberté : une petite tape sur chaque perroquet, et le poisson rejoint le large comme aspiré par un terrible besoin d’évasion et d’espace. Cette dernière belle anecdote, les polynésien de l’atoll, en discutent avec enthousiasme avec leurs amis  à l’aéroport de Takapoto. Les enfants sont là, eux aussi, la cloche de l’école a sonné depuis longtemps. Seul le bruit des moteurs de l’ATR Air Tahiti se posant sur la piste en bordure du lagon arrête leurs jeux.

Takaroa et Takapoto
Takaroa et Takapoto

Les atolls jumeaux ou la légende de Takaroa et Takapoto

Tout a commencé par un caillou qui a roulé (rouler se dit taka en puamotu) jusqu’au centre d’un platier sous la surface des eaux. Ce caillou était appelé « papauri tumu nui ». Telle une fleur, la pierre est montée et a éclos. On appela cet atoll Takapua (pua signifiant la fleur qui éclot). Mais quand la pierre prit forme au-dessus de l’eau, on vit qu’elle était longue, roa .

Aussi appela-t-on l’atoll Takaroa et non plus Takapua. Or ce caillou n’était pas seul. Une deuxième pierre, issue d’un même embryon, prit forme de la même manière sur le platier. Mais elle était plus petite. On appela alors le deuxième atoll qui venait de prendre vie, Takapoto (poto signifiant petit).

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