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La Tauromachie

Tauromachie

En Espagne, la tauromachie, ou art de combattre les taureaux, accompagne toutes les festivités populaires, et elle est également bien implantée en Amérique du Sud, au Portugal et dans le sud de la France. Les rapports entre l’homme et le taureau relèvent d’un rituel millénaire et tragique, dont la corrida est aujourd’hui la dernière représentation.

Histoire de la Tauromachie

Le taureau est l’une des représentations préférées de l’art de la préhistoire. Gibier à l’époque des cavernes – les fameux aurochs –, l’animal, des siècles plus tard, envahit les autels de l’Antiquité, où il est à la fois au centre de la relation entre la divinité et le mortel et au cœur du drame, être adoré ou immolé. Symbole de puissance, de virilité et de fertilité, le taureau est omniprésent sur le pourtour du Bassin méditerranéen et au Proche-Orient; son culte est commun aux civilisations égyptienne, mésopotamienne, hittite et cananéenne. Il est le dieu tempête, la force sauvage, dont le sang régénère la terre, mais aussi le dieu père.

Le taureau minoen

L’art crétois minoen fait une place importante au taureau: peintures du palais de Cnossos, poteries crétoises où sont représentés des jeunes gens jouant face à un taureau avant de le conduire au sacrifice. La mythologie grecque évoque l’enlèvement de la jeune Europe par Zeus, qui a pris la forme d’un taureau, la capture de l’animal aux pieds d’airain par Jason et le combat de Thésée, qui abat le Minotaure, fruit des amours de Pasiphaé, femme de Minos, et d’un taureau blanc, envoyé par Poséidon. Les palais antiques regorgent de représentations du dieu cornu, dont les vestiges sont aujourd’hui conservés dans les musées.

Les taureaux dans la Rome antique

Les jeux taurins de Thessalie sont importés à Rome par Jules César. Suétone, dans son livre Vies des douze Césars, rapporte que l’empereur Claude «fait paraître des cavaliers thessaliens qui pourchassent à travers le cirque des taureaux sauvages, leur sautent sur le dos après les avoir épuisés et les terrassent en les saisissant par les cornes»; et Auguste n’est-il pas né dans le quartier palatin, appelé alors «des têtes de taureaux» ?

Mais c’est avec le culte de Mithra, propagé par les légions venues d’Orient, notamment de Perse, que le taureau va dominer l’Empire romain: il est immolé pour que son sang, source de vie, fertilise les plaines qui, demain, procureront le pain et le vin.

Le culte de Mithra

Cette religion, qui se caractérise par les tauroboles, cérémonies expiatoires au cours desquelles était sacrifié, sur un autel, un taureau, dont le sang noyait les épaules de l’initié, a été pratiquée jusqu’aux «bornes du couchant», expression qui désignait chez les Romains la péninsule Ibérique. Ainsi les Ibères et les Gaulois, notamment dans le delta du Rhône et en Gironde, ont-ils été très tôt familiarisés avec cette coutume.

Pendant des siècles, le culte mithriaque s’est répandu, jusqu’à prendre possession des deux versants des Pyrénées. Est-ce à dire que la corrida, telle que nous la connaissons, est l’héritière d’une quelconque religion du passé? Ce n’est pas l’avis des spécialistes ni des historiens: aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps, il n’existe aucun document prouvant que l’Espagne ait hérité ce spectacle d’un autre peuple.

Corrida
Corrida

L’apparition de la corrida

La corrida à laquelle l’aficionado peut encore assister aujourd’hui est née au XVIIIe siècle, quand le petit-fils de Louis XIV monte sur le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V. Lorsque le Bourbon arrive à Madrid, les arènes accueillent les nobles castillans, qui tuent le taureau à cheval; des valets, à pied, achèvent la bête agonisante à l’aide d’une lance. Habitué aux fêtes raffinées de Versailles, le nouveau roi n’apprécie guère ces jeux sanglants et se détourne vite des arènes. Les nobles abandonnent alors ce divertissement, mais le peuple continue de réclamer des courses. Pour répondre à cette demande, les valets prennent la relève des maîtres réticents, et donnent naissance à la corrida moderne.

Celle-là, très populaire en Navarre et en Aragon, gagne ensuite l’Andalousie, où, sous l’influence gitane, elle perd de sa brutalité initiale pour devenir plus artistique. La course est d’ailleurs codifiée par des Andalous, dont l’histoire a retenu les noms, notamment ceux de José Delgado, le fameux Pepe-Hillo, de Pedro Romero et de Francisco Montes. Ces théoriciens de l’art de combattre les taureaux ont donné ses lettres de noblesse à la tauromachie, mettant ainsi fin à des siècles de pratiques sanglantes, consistant, au cours de fêtes villageoises, à saigner l’animal à coups de poignards, à le mutiler et à le transpercer à l’aide de harpons. Mais aujourd’hui, seules les régions de Madrid et de Salamanque ainsi que l’Andalousie offrent ce spectacle, qui demeure pratiquement inconnu dans le reste de la péninsule Ibérique, notamment en Galice.

Le spectacle de la corrida

La corrida est tout d’abord l’art d’exercer sa suprématie sur une bête sauvage, dont la mort vient conclure une domination totale. Le combat, qui ne dure qu’un quart d’heure, se divise en trois grands moment s: la cape, les banderilles, puis la muleta avec la mise à mort.

Six taureaux, âgés au minimum de 4 ans, participent à la course et sont combattus par trois toreros, qui s’occupent de deux bêtes chacun. Ces hommes vêtus d’habits pailletés sont le matador, le picador et les banderilleros. Si la cape et la muleta sont rouges, c’est uniquement pour agrémenter le spectacle, car le taureau ne choisit pas parmi les couleurs mais fonce sur tout ce qui bouge. Toute la tauromachie est fondée sur la charge de la bête, qui, provoquée par l’homme, doit être canalisée pour que celui-là affirme sa domination.

Cet art ne se limite donc pas à faire des passes afin de séduire le public, il consiste, au contraire, à diriger, avec la cape et la muleta, l’attaque de l’animal. Après le paseo, superbe défilé au cours duquel les «acteurs» pénètrent dans l’arène, cinq cents kilos de muscles et de fureur jaillissent sur le sable de l’arène.

La véronique

Avec sa cape, le torero prend possession du taureau: il juge à la fois de la longueur de la charge de la bête et de sa façon de porter, à droite ou à gauche, le coup de corne. Puis la véronique, du nom de la femme qui essuya le visage du Christ, entraîne l’animal dans des courbes magiques.

Le picador

Intervient ensuite le picador, qui, juché sur un vieux cheval protégé par un lourd caparaçon, et armé d’une pique, perce le cuir du taureau à trois reprises au minimum. La pique, hampe en bois de frêne, est munie d’une pointe triangulaire en acier, qu’il s’agit de placer dans le morillo, proéminence musculaire visible sur le cou de l’animal; la blessure de cet aiguillon, tout en affaiblissant le taureau, le rend plus belliqueux. Cette partie de la corrida, mal comprise par un public peu averti, est fondamentale: elle sert à la fois à fragiliser la bête, qui a les muscles du cou brisés, afin de faciliter l’étape finale, et surtout à juger de sa valeur, et par conséquent du savoir-faire du matador.

La pose des banderilles, petits harpons colorés, est un moment de répit après l’épreuve du picador.

La muleta

Arrive enfin l’heure de la muleta – pièce de flanelle rouge que le matador tient dans une main et qui doit lui assurer la domination sur la bête, aux ultimes minutes de son combat. Chacun des passages du taureau, trompé par le tissu, s’appelle une passe, et l’ensemble des actions qui précèdent la mort de l’animal la faena de muleta. Aujourd’hui, cette partie de la corrida est la préférée des spectateurs, qui réclament toujours plus de passes.

La mise à mort

Il n’en a pas été toujours ainsi au cours de l’histoire de la tauromachie; en fait, le rôle essentiel de la muleta est de préparer l’animal à la mort et de le placer de telle façon que l’épée plantée par la main du matador puisse faire son œuvre. Au moment de la passe suprême, l’homme prend, s’il joue franchement le jeu, tous les risques: il tient la muleta de la main gauche, et le taureau, habitué à suivre la flanelle, charge le tissu ondoyant, puis, toujours à la recherche de la muleta, tourne la tête pour frapper de ses cornes; le matador enfonce alors son épée à hauteur du morillo. La façon dont est porté le coup d’épée fatal est très difficile à juger, car l’action est extrêmement rapide; le mieux est de suivre la trajectoire des pieds du matador pour voir s’il s’engage vraiment entre les cornes ou s’il se jette de côté pour donner l’estocade finale.

Torero - Matias Tejela
Torero – Matias Tejela

Les grands toreros

La tauromachie possède ses matadors de légende, ses techniciens et ses artistes: Lagartijo et Frascuelo, Guerrita et Bombita, et, plus près de nous, Ortega et Manolete, Bienvenida et Pepe Luis Vázquez, Aparicio et Litri, Dominguín et Ordóñez, El Cordobés, au style décousu, Puerta et Camino, El Viti et Paquirri, Ojeda et Rincón.

La grande coupure entre le passé et le présent a été le passage de témoin entre José Gómez Ortega, dit Joselito, torero talentueux, et Juan Belmonte, génie du toreo. Quand le taureau Bailador, de l’élevage de la veuve Ortega, encorne à mort Joselito, le 16 mai 1920, dans les arènes de Talavera de la Reina, c’est toute une page de la tauromachie qui est tournée. Grâce à un solide jeu de jambes, ce prince de l’arène dominait tous ses taureaux. Le sceptre tombé à terre est ramassé par Belmonte, dont le physique ingrat ne lui permet pas de briller de la même manière. Il impose cependant un style – toréer avec les bras – qui va révolutionner la tauromachie, et dont la plupart des toreros modernes s’inspirent encore: aujourd’hui, face à la bête qui charge, le toreador ne bouge plus, mais, immobile et les pieds joints, il canalise son élan avec la muleta, tenue à bout de bras. Toutefois, le vrai seigneur de l’arène reste le taureau.

L’évolution de la tauromachie ne facilite cependant pas sa pérennité; pour satisfaire un public de plus en plus nombreux, peu au fait des choses de l’arène et amoureux d’un spectacle plus que d’un combat, le taureau a perdu son rôle d’adversaire pour ne devenir, bien souvent, qu’un faire-valoir du torero. Ainsi, le vrai aficionado ne retrouve plus l’émotion qui, année après année, l’avait conduit aux arènes.

Les taureaux de combat

Le taureau de combat, en castillan le toro de lidia, terme qui désigne une race particulière, élevée uniquement pour l’affrontement avec l’homme, n’a pas plus de rapport avec le taureau traditionnel qu’il y en a entre un cheval de course et un percheron. Il doit répondre à des critères stricts – bravoure (sauvage), noblesse (charge franche et non désordonnée) et puissance physique (massif) –, car la réussite d’une corrida dépend largement de son attitude dans l’arène, même si un bon torero peut permettre à l’animal de révéler ses qualités grâce à des passes appropriées.

Les principaux élevages se trouvent aux abords de Madrid (Baltasar Ibán, Hernández Pla, Victorino Martín), en Andalousie (Miura, Pablo Romero, Buendía, Domecq, Guardiola, Carlos Núñez) et dans la région de Salamanque (Cobaleda, Pérez Tabernero, Montalvo). À chaque élevage, son combat, ce qui explique la division des aficionados en deux catégories: ceux qui se rendent aux arènes pour voir des «toros», les toristas, et ceux qui vont voir le jeu des toreros, les toreristas. Pour satisfaire les premiers, on choisit des taureaux difficiles et avisés; les seconds préfèrent voir évoluer des bêtes plus «faciles», afin de permettre ces passes qui envoûtent les arènes. Toutefois, tous les taureaux peuvent tuer; leur différence de nature est le résultat d’une rigoureuse sélection, effectuée par les éleveurs.

Il existe aussi en Camargue des élevages de taureaux de combat, issus de lignées ibériques; ils n’ont rien de commun avec les taureaux nés depuis toujours dans le delta du Rhône, lesquels ont une morphologie différente et sont impropres à la corrida.

La corrida jugée conforme à la constituion française
La corrida jugée conforme à la constituion française

L’expansion de la corrida

La tauromachie a été introduite en France le 21 août 1853, quand Bayonne organise la première course de taureaux, dite «à l’espagnole». La municipalité basque veut ainsi satisfaire la passion d’Eugénie de Montijo, l’épouse andalouse de Napoléon III, qui vient de franchir les Pyrénées. Toutefois, la corrida n’est pas autorisée en France, elle n’y est tolérée que depuis le 24 avril 1951, et uniquement dans les villes de tradition taurine «ininterrompue» pendant plus de dix ans: 29 communes seulement répondent à ce critère, parmi lesquelles Nîmes, Arles, Béziers, Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan, Vic-Fezensac, Alès. La France a donné naissance à des toreros, mais seul Christian Montcouquiol, dit «Nimeño II», a vraiment réussi à s’imposer.

Au Portugal, le combat a lieu à cheval. Le cavalier ne plante que des banderilles, et la bête est abattue hors de l’arène. Il existe d’ailleurs une tauromachie à cheval en Espagne et en France: les cavaliers tuent l’animal à l’aide d’une sorte de lance courte à large lame; en cas de défaillance, ils mettent pied à terre pour livrer un dernier assaut à la bête.

La corrida s’est exportée en Amérique du Sud, surtout dans les anciennes colonies espagnoles comme le Mexique, le Pérou et le Venezuela.

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