Vaka Ani – La course de Ua Pou

Plus qu’une course de pirogue, « Vaka Ani » est le réveil culturel de toute une île des Marquises : Ua Pou. Mais la « Vaka Ani » se mérite. Il faut aller la chercher à 1 500 km de Tahiti, dans l’archipel des Marquises.

Course de Pirogues aux Marquises
Course de Pirogues aux Marquises

La course de Vaka Ani

Les Marquises, c’est six communes peuplées de 8712 habitants, douze îles, mais un seul coeur qui, en ce début septembre, bat au rythme du festival « Vaka Ani ». Ua Pou est la plus peuplée de l’archipel, 2213 habitants, et la plus impressionnante par ses reliefs. Elle est à la fois la plus jeune et ancienne. Sa géomorphologie a pour origine deux périodes différentes de volcanisme. Résultat : Des pics spectaculaires qui confèrent aux paysages une présence impressionnante.

Douze rameurs de Tahiti, des îles sous le vent et des Australes ont rejoint à Ua Pou soixante-quatre rameurs venus de toutes les îles Marquises. Ensemble, ils ont fait vivre l’édition 2004 de ce festival où se conjuguent fraternité et tradition.

En quittant Tahiti par le vol Air Tahiti, les douze rameurs sélectionnés dans les archipels, suivent par le hublot le défilé d’un chapelet d’atolls. Tout d’abord, Rangiroa, à la gauche de l’appareil, puis les atolls de Arutua et Apataki sur la droite, ainsi que Ahe et enfin Manihi. Après quoi, c’est le grand bleu jusqu’à Hiva Oa (archipel des Marquises). Trois heures de vol plus tard, plus un vol inter île, les douze « ambassadeurs » touchent leur destination finale, Ua Pou. Réglez vos montres. L’heure des Marquises affiche trente minutes de plus qu’à Tahiti.

Trois courses de haute mer (de 18 km, 6 km, et 22 km) sont au programme des 76 piroguiers engagés dans la Vaka Ani.  Le parcours s’étire le long des falaises, vire aux pieds d’un piton rocheux planté en plein océan, le Motu Mokohe (l’île aux oiseaux). Il est difficile de décrire l’extraordinaire dépaysement ressenti par les rameurs venus de Papeete. L’île de 105 km présente des reliefs sculptés par les dieux des arts contemporains, hérissés tantôt de pains de sucre qui jouent à cache-cache avec les nuages, tantôt d’anciennes coulées volcaniques laissées en proie à l’érosion des vents et de la mer. A Ua Pou, la nature est monumentale.

La vaka Ani est une compétition unique dans le sens où les piroguiers rament à ras des falaises hautes comme des cathédrales de pierres qui auraient inspiré l’architecte catalan Gaudi. Lors d’une course David Tepava déclarait :

Les rameurs affrontent des houles croisées, des courants spécifiques. Mais si je participe à la Vaka Ani, c’est pour l’ambiance et un état d’esprit sportif que l’on ne trouve qu’ici aux Marquises.

Pour un autre rameur, Laurent Grimaud de Tahiti :

Il faut absolument conserver l’atmosphère l’intimiste de la Vaka Ani. Ce qui m’a marqué est le fair play sur l’eau des rameurs marquisiens. Ce respect entre sportifs est une véritable soupape quand on vient de Tahiti. Ici, on ne cherche pas la première place, mais on partage un site unique et des moments forts comme la rencontre avec des personnages fantastiques.

Hawaiki-Nui-Va-a
Hawaiki-Nui-Va-a

Pirogue de pêche – Art et Sport

Avec la course de va’a Vaka Ani, l’objectif de la commune de Ua Pou est de contribuer à la promotion de l’île et des Marquises. C’est aussi un moyen de favoriser l’insertion sociale des jeunes en difficulté par la pratique du sport, explique l’artiste Rataro, l’initiateur de ce festival né en 2000. Du 2 au 4 septembre, l’île de 2213 âmes, selon Joseph Kaiha, le maire de Ua Pou, s’engage toute entière dans ce festival campé au village de Hakahau. Courses de pirogues, manifestations artistiques, rencontres sportives (beach volley, pétanque), concours de sculpture et élection de sa reine de beauté ponctuent l’évènement.

Dans cette île aux traditions fortement ancrées, les artisans sont de véritables artistes aux dons innés. Les piroguiers ont pu s’en rendre compte en rencontrant des sculpteurs tels que Bruno Mate : « Il y a toujours une pierre qui me cherche » affirme Mate. « C’est notre Gauguin marquisien » prétend Dora Teikiehuupoko. Il y a aussi Toni Tereino, 46 ans, ancien parachutiste marquisien, qui voulait, dit-il « aller voir le monde » et qui tel Ulysse s’est retourné au pays. Depuis, il sculpte dans la « pierre fleurie » de la plage de Hohoi, tout comme Aro, un orfèvre de la pierre.

Les rameurs découvrent sur la plage de sable gris du village de Hakahau, un concours singulier : la réalisation de pirogues de pêche taillées dans un seul tronc d’arbre par des constructeurs venus des vallées voisines. Jadis, tout travail était une affaire communautaire. Le choix des matériaux, l’esthétique, la recherche de la perfection, guidaient les maîtres. Le renouveau de l’identité marquisienne facteur de cohésion sociale constitue l’axe de la promotion de l’archipel. Artistes, artisans, chanteurs, danseurs et athlètes sympathisent. Sur la plage, les pirogues en fiber glass côtoient les pirogues en bois traditionnel. Les shapers discutent de formes de coques, de balancier, de nouveaux matériaux, ou négocient des commandes de pirogues.

 

Les pensions affichent complet

Durant le festival, les pensions affichent complet. Celle de Dora Teikiehuupoko reçoit héberge des piroguiers de Tahiti. Lesquels apposent leur nom sur le livre d’or à côté de celui de Tituan Lamazou.  » Il avait réquisitionné le dessous de ma maison pour y entreposer ses toiles » raconte Dora qui poursuit : « Lors d’un petit déjeuner, il a dessiné la montagne, là derrière, et m’a donné le dessin ». Chaque année, pour ces pensionnaires rameurs, Dora et François mettent au menu du dimanche une spécialité marquisienne, le « Kaaku keke » c’est-à-dire du uru ( fruit de l’arbre à pain ) cendré, pilé et cuit au feu de bois, une spécialité marquisienne.

Course de pirogues à Tahiti
Course de pirogues à Tahiti

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