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Asie centrale

Asie Centrale

Réservoir de peuples, l’Asie centrale est également le point de départ des grands empires turco-mongols qui, d’Attila à Tamerlan, ont périodiquement submergé les vieilles civilisations indo-européennes et chinoises. Ces peuples avaient pour caractéristiques essentielles d’être des nomades éleveurs de troupeaux et des archers à cheval qui excellaient dans la guerre de razzias, mais étaient incapables de prendre des places fortes.

Les Peuples d’Asie centrale

Les premiers occupants connus des régions de l’Asie centrale sont les Cimmériens (vers la fin du IIe millénaire av. J.-C.). Puis, vers le VIIIe siècle av. J.-C., apparaissent les Scythes, qui fondent un empire nomade. Ils sont remplacés par les Sarmates au IVe siècle av. J.-C. Vers la même époque, les Huns apparaissent en Asie centrale: c’est contre leurs invasions qu’est élevée, au IIIe siècle av. J.-C., la Grande Muraille de Chine. Entre 140 et 130 av. J.-C., leurs mouvements chassent les nomades vers l’ouest, en particulier les futurs Kouchans, qui renversent la domination grecque en Bactriane et ébranlent l’Empire parthe. Quelques tribus réussissent à fonder de petits royaumes éphémères en Chine du Nord.

Au début du Ve siècle ap. J.-C., les Jouan-Jouan, sans doute d’origine mongole, forment à leur tour un empire en Asie centrale et menacent sans succès la Chine. C’est avec eux qu’apparaissent les titres de khan et de khagan. Les Huns hephthalites, horde vassale des Jouan-Jouan, se dirigent vers l’ouest et font la conquête de l’actuel Afghanistan où ils détruisent la civilisation gréco-bouddhique. D’autres tribus de Huns passent en Europe et en font la conquête sous la direction d’Attila entre 441 et 453. La situation politique de l’Asie centrale au milieu du VIe siècle est alors la suivante: les Jouan-Jouan occupent la Mongolie, les Huns hephthalites occupent l’actuel Turkestan russe, la Sogdiane, l’Iran oriental et la région de Kaboul.

Les Turcs d’Asie Centrales

Les Turcs apparaissent alors, occupent la Mongolie, puis délogent les Huns hephthalites de leurs possessions avec l’aide de l’Empire sassanide. Ils fondent deux khanats turcs, l’un en Occident, l’autre en Orient, qui se maintiennent jusqu’au VIIe siècle, époque à laquelle ils sont détruits par la dynastie chinoise des Souei. Mais ils sont restaurés et se maintiennent encore pendant un siècle pour être finalement remplacés, au VIIIe siècle, par un autre groupe de tribus turques, les Ouïgours, dont l’empire dure jusqu’en 840 dans la partie nord-est de l’Asie centrale, alors que l’ouest est reconquis par la Chine des Tang. Puis, de nouveau, selon un processus qui se reproduit à intervalles réguliers dans cette partie de l’Asie, leur puissance s’effondre et les différentes tribus se disputent la possession d’un morceau de steppe, en attendant l’arrivée d’un groupe plus fort capable de reconstituer un empire.

Cependant, au milieu du VIIe siècle, les Arabes, après avoir renversé l’Empire sassanide en Perse, entreprennent la conquête de l’Afghanistan. Ils prennent Herat et Bactres en 652 et s’emparent du royaume de Boukhara au début du VIIIe siècle, détruisant toute la civilisation bouddhique sur leur passage pour la remplacer par celle de l’islam.

Au XIe siècle, les Turcs seldjoukides partent d’Asie centrale à la conquête de l’Iran et de l’Empire byzantin.

Au XIIe siècle, l’Empire Kara Kitay est fondé au Turkestan par un peuple qui, sous le nom de K’i tan, a régné à Pékin de 936 à 1132. Ce peuple de race mongole, après avoir été dépossédé du trône de Pékin, se divise en deux groupes. Le premier reste dans sa région d’origine, le Lecro ho. Le second émigre vers l’ouest et fonde un empire au Turkestan oriental. Mais ces Kara Kitay, bien qu’installés au milieu de populations turques musulmanes, conservèrent leur civilisation chinoise acquise au cours de deux siècles de leur domination à Pékin, et se présentèrent comme une réaction à l’islamisation du Turkestan.

Face à cet Empire mongol, païen et sinisé, règnent les chahs du Kharism, représentants du monde turc musulman dans l’Est iranien. Ils se rendent maîtres du Khorasan et vainquent en 1194 le dernier sultan seldjoukide.

Au début du XIIIe siècle, l’empire du Kharism se heurte à Mohammad de Ghoz, prince iranien qui tente de conquérir l’Inde; il est vaincu en 1204 grâce à l’alliance formée par Mohammad de Kharism avec les Kara Kitay. Cependant, ne pouvant supporter la domination de ces Mongols sinisés, les Turcs musulmans du Kharism envahissent en 1207 Samarkand et Boukhara. Les Kara Kitay réagissent, mais sans succès. En 1217, l’Empire kharismien, limité au nord par le Syr-Daria, à l’est par le Pamir, à l’ouest par l’Azerbaïdjan et le Louristan, comprenait la Transoxiane et une grande partie de l’Afghanistan et de la Perse.

C’est alors que l’Empire eut à faire face aux Mongols de Gengis Khan.

Tamerlan

Ainsi, après l’effondrement de l’empire de Gengis Khan, au XIVe siècle, un nouvel empire apparaît en Asie centrale avec Tamerlan. Celui-ci délivre la Transoxiane des Mongols en 1363, avec l’aide de l’émir qui possède l’Afghanistan, émir dont il se débarrasse peu après en prenant Bactres, ce qui fait de lui le maître de l’Asie centrale. En 1388, il prend le titre de sultan; le centre de son empire est Samarkand; il se présente comme le continuateur de Gengis Khan, dont il laisse en place les derniers descendants.

Mais son empire est en fait très différent, car Tamerlan est turc et musulman: c’est un empire turco-persan pour la culture, turco-mongol dans le domaine juridique et mongolo-arabe dans le domaine politique et religieux; démuni d’assises géographiques, historiques et sociales réelles, cet empire ne survit pas à son fondateur.

En 1379, Tamerlan achève la conquête de la Transoxiane. À l’est, en 1390, il domine le cœur de la haute Asie après avoir vaincu les nomades du Mogholistan: c’est la fin de la domination mongole. Vers l’ouest, il conquiert l’Iran oriental dont il fait un désert en détruisant le système d’irrigation, puis conquiert l’Iran occidental.

Partout, les conquêtes de Tamerlan s’accompagnent de destructions et de massacres, car il joint la barbarie mongole au fanatisme musulman, donnant à ses campagnes des allures de guerre sainte.

Au nord-ouest, il se tourne contre le khanat de Kiptchak dont le souverain est un descendant de Gengis Khan, et obtient une difficile victoire en 1391; il entreprend une seconde campagne en 1395-1396, qui ruine le Kiptchak. Puis il se tourne vers le sud et l’Inde en 1395. En 1400, il entreprend une campagne contre les mamelouks de Syrie et contre l’Empire ottoman, dont le sultan est Bajazet; il obtient la victoire en 1402 et fait prisonnier le sultan. En 1404, il commence à préparer une campagne contre la Chine des Ming, mais meurt en janvier 1405 avant d’avoir pu l’entreprendre.

Luttes incessantes dans l’Asie Centrale

Le XVe siècle voit des luttes incessantes qui opposent les descendants de Tamerlan. Chah Rokh, quatrième fils de Tamerlan et le plus remarquable des Timourides, règne de 1407 à 1447; cette période est celle de la renaissance timouride. Chah Rokh, l’un des meilleurs souverains d’Asie, gouverne directement la Transoxiane et l’Iran oriental. Sous le règne bref de son fils, Olough-Beg (1447-1449), Samarkand est un des centres brillants des lettres persanes. À sa mort, les querelles de famille reprennent et c’est l’échec définitif de l’œuvre de Tamerlan.

Sous les Cheibanides, qui sont des descendants de Gengis Khan, se reconstitue un khanat en Transoxiane, qui comprend aussi le Turkestan occidental, le Fergana et le Khorasan, et qui devient la principale puissance d’Asie centrale à la fin du XVe siècle. Mais il est détruit par la Perse en 1510.

Au XVIe siècle, Baber, héritier des Timourides et roi du Kaboul, s’empare de Samarkand et de Boukhara en 1511 pour reconstituer un empire à son profit. La tentative se solde par un échec et les Cheibanides sont restaurés en Transoxiane, pour toute la durée du XVIe siècle. Samarkand est la capitale, et le second centre de ce khanat est Boukhara, nom sous lequel il est connu.

De 1599 à 1785, le khanat de Boukhara passe aux Djanides. Puis, à la fin du XVIIIe siècle, il échoit aux Mangit, qui le gardent jusqu’en 1920. Ces deux dynasties descendent de la famille de Gengis Khan. Cependant, après la chute de la dynastie mongole de Chine à la fin du XIVe siècle, les derniers descendants de Khoubilaï sont venus se réfugier en Mongolie, où les luttes familiales pour le pouvoir reprennent.

Pendant toute la durée du XVe et du XVIe siècle, le pouvoir passe de main en main sans parvenir à se fixer, sauf de 1470 à 1543 avec Dayan, descendant de Gengis Khan, dont l’œuvre de restauration s’écroule après sa mort. La dernière tentative d’Empire mongol aux XVIIe et XVIIIe siècles est mise en échec par la Chine.

Carte de l'Asie centrale
Carte de l’Asie centrale

Archéologie en Asie Centrale

Pendant l’Antiquité, l’art de l’Asie centrale est représenté par l’art des steppes, terme général qui recouvre l’art de tous les peuples nomades originaires de ces régions. Cet art ne peut s’exercer que sur des objets transportables (bijoux, accessoires de harnachement, etc.). C’est un art animalier qui peut être aussi bien réaliste que décoratif. Le plus représentatif et le mieux connu est l’art scythe.

Au début de l’ère chrétienne, l’art naît et s’épanouit dans les oasis et les zones irriguées, qui sont des centres commerciaux cosmopolites, vivant du trafic caravanier entre l’Occident classique et byzantin, et l’Asie orientale. Ces civilisations subissent et assimilent les différents phénomènes d’expansion religieuse qui leur parviennent, et l’expriment dans leur art. À Miran, dans les oasis du Tarim, des fresques gréco-bouddhiques des IIIe et IVe siècles ap. J.-C. représentent le Bouddha, ses moines et ses génies. Datant de la même période, on trouve les fresques de Bamyan en Afghanistan, très influencées par l’art sassanide.

À la fin du IVe siècle, la statuaire de Khaïs-Khaneh, près de Kaboul, subit aussi l’influence sassanide.

Les fresques de Kizyl à l’ouest de Koutcha présentent deux styles. Le premier style (du milieu du Ve au milieu du VIIe siècle) est un mélange d’art indien et iranien; il se caractérise par un modèle discret et par des coloris doux. Le deuxième style (650-750) voit le modelé diminuer alors que les couleurs sont plus vives; l’influence sassanide l’emporte, bien que la religion soit le bouddhisme. Les stucs du Fondukestan (ouest de Kaboul), de la fin du VIe et du début du VIIe siècle, voient l’influence iranienne prédominer ainsi que les fresques des oasis de Koutcha dans le Gobi. Au VIIIe et au IXe siècle, dans le Tourfan ouïgour, les fresques nestoriennes et les fresques bouddhiques présentent une influence iranienne.