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La fleur de Tiare

Fleur de Tiare

Eléments de décoration au quotidien, parure des belles, la modeste fleur de tiare, loin du folklore, participe à la continuité de la tradition d’accueil et de joie de vivre polynésienne.

Le collier de Tiare
Le collier de Tiare

Le Tiare : symbole de la Polynésie

Faa’a, Tahiti, 6 heures du matin. Les touristes descendent de l’avion, les traits tirés et blancs, un peu poisseux et déroutés par la chaleur déjà étouffantes qui sort du sol. Les yeux vides de fatigue, ils déambulent hagards à la recherche de leur hôtel ou d’un taxi. Et puis soudain, les regards s’éclairent et les vêtements fripés des voyageurs s’illuminent d’un grand collier de fleurs odorantes de tiare, offert par une vahine.

C’est le premier sourire des îles de la Polynésie Française, le signe naturel de bienvenue de ses habitants. Cependant, l’accueil sera plus ou moins fleuri, selon que l’on est célèbre, aimé ou attendu.

Si le geste paraît folklorique aux âmes cyniques habituées du tourisme, il est pourtant profondément ancré dans la tradition des Tahitiens. Le capitaine Cook à la fin du XVIIIème siècle avait déjà noté cette coutume lorsqu’il avait abordé les rivages polynésiens. Invitation à partager la douceur de l’existence en Polynésie, le Gardenia tahitensis est aussi un véritable art de vivre partagé par tous.

Le Tiare : une parure plébiscité par les homms et les femmes en Polynésie

Plante originelle de Polynésie qui affectionne particulièrement les sols coralliens, la petite fleur au nombre de pétales allant de 5 à 9, est utilisée dans la vie de tous les jours. Le marché de Papeete en offre une illustration parfaite. Sous les arcades du marché couvert, les narines sont immédiatement chatouillées par les éffluves de tiare. Des étales entiers sont consacrés à cette petite fleur vendue sous forme de colliers, parfois colorés de feuillage ou d’autres fleurs, ce sont de véritables chefs-d’oeuvres éphémères.

Pour conserver plus longtemps le Gardenia tahitensis, les mamas le propose également empaqueté dans des feuilles de tiare ou de ti (Cordyline fruticosa) qui lui conserve toute sa fraîcheur et son parfum suave pendant plusieurs jours.

Le commerce du tiare est évident à Tahiti. On le porte en effet en toutes occasions. Posé sur l’oreille ou arrangé en couronne de fleurs, c’est une parure plébiscitée aussi bien par les femmes que par les hommes. Il n’est pas rare, par exemple, de croiser un solide Tahitien au volant d’un truck ou d’une bétonneuse, une fleur en bouton délicatement accrochée sur l’oreille.

Les femmes ornent leur longue chevelure noire de la fragile pousse. Considérée comme un bijou, les vahine poussent parfois la coquetterie à assortir leurs vêtements à la fleur. Elle présente effectivement toutes les qualités une blancheur facile à harmoniser, un parfum inoubliable et sa disponibilité tout au long de l’année. De septembre à avril, saison de la plus grande floraison du Tiare, on assiste même, à une explosion de blancheur dans les jardins et au bord des routes. L’arbuste aux feuilles vert sombre du tiare, pousse sans difficulté aucune et chacun en Polynésie en possède quelques plants près de son fare.

Utilisé quotidiennement comme parure, le Gardenia tahitensis est aussi la plante festive, le symbole de l’accueil et de l’amitié par excellence. Il participe activement au déroulement des grands événements qui rythment la vie polynésienne.
Les mamas rentrent alors en scène et offrent leurs services pour la réalisation des bijoux floraux.

AUCUNE FETE SANS TIARE

Plusieurs sociétés proposent ainsi aux familles, à l’occasion de cérémonies ou de grands ma’a (banquet tahitien), de magnifiques couronnes de tête ou de somptueux bouquets de Tiare. Comment en effet, imaginer une mariée sans sa couronne ou son bouquet de tiare, une fête religieuse sans les grands colliers blancs au cou des croyants. Le mort partage aussi cette explosion florale. Les tombes, qu’elles jouxtent les temples ou qu’elles s’élèvent dans les jardins, disparaissent souvent sous un épais tapis de corolles immaculées.

Mais, c’est sans doute au moment du Heiva, les grandes fêtes de juillet à Papeete que se manifeste le plus clairement l’attachement des Polynésiens au tiare. Les artisans, les danseurs et les athlètes qui font ces festivités, s’ornent de couronnes, de colliers ou plus simplement de fleurs en bouton. Une façon éclatante d’exprimer sans parole inutile l’art de vivre de la Polynésie.

LE LANGAGE DU TIARE

Fleur emblème de Tahiti, porter le tiare, constitue un véritable langage, pas toujours innocent. Posée sur l’oreille droite, vous ferez savoir que vous êtes un coeur à prendre. Si les pétales sont tournés vers I’arrière, vous montrez alors votre entière disponibilité et vous invitez les prétendant(e)s à vous suivre.

Tiare de Tahiti
Tiare de Tahiti

Les vertus du Tiare ou du Monoï

Mahealani gazouille, se tortille, fait de grands sourires à son auditoire, du fond de Sa baignoire. La fillette a une semaine à peine, et comme tous les bambins polynésiens elle bénéficie des soins traditionnels prodigués par les mamas de la famille.

Le Tiare, une potion magique polynésienne ?

Ainsi, pour la protéger du froid et des petits bobos dermatologiques, les femmes la plongent quotidiennement dans un bain spécial de ra’au ira. De cette décoction brunâtre et sucrée, qui fait les délices de Mahealani, s’exhale une forte odeur de plantes. Préparée par la grand-mère ou par la tante du bébé, cette potion magique ne contient que des herbes cueillies dans le jardin : feuilles de tiare Tahiti et d’hibiscus aute (Rihiscus rosasinensis) et feuille de canne à sucre (Saccharum off icinarnm). En effet, dans la tradition polynésienne, le monoï, produit cosmétique par excellence et la très décorative fleur de tiare, sont également considérés comme des remèdes à de multiples maux.

Le Tiare annule la toxicité des plante

Marie Anne, pratique ainsi cette science traditionnelle à Arue, un faubourg de Papeete. Ses grands-parents lui en ont révélés les secrets, qu’elle transmet aujourd’hui à ses filles. Présente au village des artisans, elle faisait la présentation de ses principaux remèdes. Alignés sur une natte, de petits récipients en bois contiennent les mystérieux filtres qui guérissent aussi bien les calculs que les ulcères.

Mais toujours, quelque soit l’utilisation du produit, flottent à la surface des fleurs de tiare Tahiti. Elles neutralisent la toxicité des plantes utilisées, elles sont donc introduites dans tous mes mélanges. Posément, Marie Anne, pile des lamelles d’écorces de Ati (Calophyllum inophyllttm) et de Tou (Cordia subcordata), avec des feuilles de Taataahiara (Dicrocephala integrifoiia), sans oublier la petite fleur blanche en bouton. « Bois ce ra’au hea », dit-elle à une femme enceinte qui s’est assise sur la natte, « ton bébé sortira tout propre à la naissance ».

Dans une fiole, à côté d’elle repose une matière un peu gélatineuse à l’odeur forte. C’est un baume cicatrisant à base de graisse de porc, de cire et de monoï. Il guérit les petites plaies et les brûlures superficielles.

Le monoi reste un produit de base de la pharmacie traditionnelle

On lui prête de nombreuses vertus curatives dans les domaines dermatologique et musculaire. Le monoi est préconisé également pour les sinusites et pour ces fameux massages polynésiens qui vous détendent et vous remettent les lombaires en place de façon très persuasive. Mais, le métier n’est plus ce qu’il était, soupire la mama. Malgré notre ténacité, le métier se perd. Aujourd’hui, plus personne ne va cueillir les matières premières des décoctions. On est obligé de les acheter à prix d’or . Comme dans beaucoup de domaines à Papeete, l’économie de marché a donc fait irruption dans la médecine traditionnelle, risquant à terme d’en pervertir totalement le sens.

Plantation de Tiare
Plantation de Tiare

 

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