Albi

Albi

Chef-lieu du département du Tarn, Albi se trouve dans la vallée du Tarn, au pied du Massif central, près d’un bassin houiller. La ville du sud de la France abrite environ 50 000 habitants, les Albigeois.

Histoire de la ville d’Albi

Un site favorable a déterminé, sans doute, l’existence d’Albi où la présence des hommes est attestée depuis l’âge du bronze. Le Tarn et l’un de ses affluents de rive gauche, le Bondidou, ont découpé un promontoire aisé à fortifier. Dans la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C., des tribus celtes, les Ruthènes, s’établissent dans la région. Bourgade à l’époque gallo-romaine (Albiga), promue siège d’un évêché vers 400, rattachée au comté de Toulouse au IX siècle, Albi tient peu de place dans l’histoire générale jusqu’au XIe siècle. Vers 1050, la construction d’un pont sur le Tarn fait naître un faubourg de rive droite et témoigne d’un premier essor.

Au XIIe siècle, de nouveaux quartiers («gaches») se forment à l’est de la vieille cité, autour du bourg de la collégiale Saint-Salvi. Après 1180, la ville, qui correspond au centre ancien d’aujourd’hui, s’enferme dans une enceinte.

Saint Bernard vient en 1145 prêcher à Albi et son biographe fait aux habitants de la région la réputation d’être tous hérétiques. L’Europe entière donnera ensuite, durant des siècles, le nom d’Albigeois aux cathares méridionaux, comme elle baptise croisade des Albigeois l’expédition lancée contre le Midi en 1209. Albi, cependant, ne souffre pas des événements. Alliés à Simon de Montfort, l’évêque et les citadins conquièrent de grands avantages: le premier devient seigneur de la ville et les seconds se font reconnaître de larges franchises.

L’union de la ville et de son seigneur se brise après 1250. Cette situation conflictuelle a sa traduction dans l’espace urbain. Pour affirmer leur pouvoir temporel, les évêques construisent une forteresse impressionnante et, pour exalter le magistère spirituel de l’Église face à l’oligarchie cathare, Bernard de Castanet lance, en 1277, le chantier d’une nouvelle cathédrale. La cité épiscopale domine alors la ville et son paysage de sa masse puissante. Cela n’empêche pas Albi de passer sous la tutelle du roi, dès le début du XIVe siècle.

La crise du système féodal, qui s’ouvre vers 1330, avec son cortège de pestes et de guerres, fige la ville pour quatre siècles. Elle végète, étroitement corsetée dans les murailles qui la protègent. Pas d’événement marquants – révoltes ou sièges – dans son histoire, rythmée seulement par des famines et des épidémies ravageuses: 52 crises de mortalités, au moins, entre 1346 et 1710. Le recul démographique qui s’ensuit provoque une détente sur le foncier urbain et permet la construction d’hôtels aristocratiques à l’intérieur des remparts. Les marchands enrichis par le commerce du pastel et du safran (dont l’apogée se place entre 1450 et 1550) font construire de belles demeures dans les quartiers réputés élégants.

Vers 1750, avec la «révolution routière» débute une nouvelle phase de l’histoire d’Albi. Le creusement du canal des Deux-Mers, à la fin du XVIIe siècle, a fortement diminué le roulage de Toulouse vers Lyon et du Languedoc vers l’Auvergne, trafic dont Albi était l’une des étapes. L’ouverture de la route royale de Toulouse à Rodez semble aux Albigeois l’occasion de réintégrer leur ville dans le flux des échanges. On abat l’enceinte; on dégage les Lices pour y faire passer la route et on y aménage des perspectives bordées de terrasses, des promenades et des jardins; on régularise en «place» le foirail du Vigan. Un urbanisme concerté s’exprime pour la première fois dans la cité, qui commence à s’étendre vers l’est et le sud au long d’avenues rectilignes. Ces voies se démultiplient en réseau au cours du XIXe siècle.

Dans le même temps, le cœur de la ville supporte les effets d’une «haussmannisation» dont le but est de conserver sa fonction commerciale au centre traditionnel en le rattachant à l’axe principal de la circulation, définitivement déporté vers l’est par la construction du Pont-Neuf, ouvert en 1868. L’utilitarisme l’emporte sur le romantisme. Des percées tranchent les vieux quartiers et l’on rase des îlots entiers, bordés de couverts, pour retenir le marché. Albi, reliée à Toulouse et Paris par chemin de fer depuis 1864, participe au mouvement de l’industrialisation. À l’est de la ville, à Saint-Juéry, se développent progressivement les forges du Saut-du-Tarn, exploitant, depuis la Restauration, la force motrice de la rivière dans un secteur de rapides qui marquent l’endroit où elle sort d’une gorge sciée dans les micaschistes pour étaler sa vallée dans les argiles tertiaires. L’usine du Saut-du-Tarn est l’un des premiers centres français de la taillanderie.

Albi - Cathédrale Ste cécile
Albi – Cathédrale Ste cécile

Arts et tourisme à Albi

Bâtie de briques aux tons chauds, la «ville rouge» compte de nombreux monuments religieux et civils.

La cathédrale Sainte-Cécile d’Albi illustre de manière exemplaire l’architecture gothique du Midi toulousain. Elle abrite également un décor exceptionnel : le plus grand Jugement dernier du Moyen Âge (200 m² peints à la détrempe, entre 1474 et 1484), le plus important ensemble de sculpture française de la fin du XIVe siècle, et le programme le plus précoce de peinture de la Renaissance italienne réalisé en France. Surtout, l’emploi de la brique, pour un monument de cette ampleur, est tout à fait exceptionnel. Ce choix obéissait à des considérations de divers ordres. Il participait d’abord d’un souci d’économie, d’argent et de temps : la pierre, qui requiert des spécialistes pour sa taille et sa pose, s’avère onéreuse; la brique, au contraire, fabriquée près du chantier de manière standardisée, ne nécessitait qu’une main d’œuvre peu qualifiée. Une deuxième considération fut d’ordre politique.

Lorsque, en 1277, l’évêque Bernard de Castanet lança la construction de cette nouvelle cathédrale, il entendit que son architecture manifestât l’indépendance spirituelle et politique de sa ville. En butte aux empiétements des officiers royaux sur sa juridiction temporelle, il refusa en effet de rendre, à l’inverse des autres évêque du Midi, une allégeance monumentale au souverain en adoptant l’art de la France. Enfin, pour montrer sa détermination à lutter contre l’hérésie, des raisons spirituelles le portèrent à rejeter ostensiblement le luxe, bien que son diocèse fut un des plus riches du royaume.

La construction s’échelonna cependant sur plus d’un siècle. L’abside était terminée en 1325. Vers 1340, la partie centrale de la nef était achevée; les dernières travées le furent en 1340 et 1390, en même temps que les étages inférieurs du clocher. Les derniers étages furent construits entre 1485 et 1492. Le volume intérieur (abstraction faite du chœur, plus tardif) se caractérise par son unité et sa simplicité. Rejetant le chevauchement des plans et les contrastes opposant vides et pleins et lumière et ombre, caractéristiques des cathédrales du nord de la France, la nef (longue de 97 m, large de 28 m et haute de 30 m) se présente comme un espace libre pour la prédication, où chaque fidèle peut participer directement au culte.

Ainsi, le gothique méridional apparaît-il ici comme un art militant : proclamation monumentale de la puissance de l’Église et de la pérennité de son magistère, il retourne également contre l’hérésie l’une de ses revendications les plus populaires en mettant en scène la prise de distance à l’égard du monde sensible. Cette austérité initiale fut atténuée à la fin du XVe siècle par l’abondance et la splendeur de la statuaire, qui forme un ensemble considérable (87 statues à la façade externe du jubé, 33 personnages de l’Ancien Testament au pourtour du chœur, 15 statues des apôtres, de la Vierge, de saint Jean-Baptiste et de saint Paul dans la nef, et enfin 72 statues d’anges, de Charlemagne et de l’empereur Constantin qui dominent les deux portes d’entrée de la clôture). Cet ensemble, qui a conservé sa polychromie d’origine, pourrait être lié aux ateliers des grands imagiers français de la fin du XVe siècle, Antoine Le Moiturier et Michel Colombe.

La collégiale Saint-Salvi (XIe-XIIIe siècle) fut achevée après 1450 dans le style gothique méridional.

Le palais de la Berbie (XIIIe-XIVe s.), ancien évêché, abrite le musée Toulouse-Lautrec, qui, outre le plus riche ensemble d’œuvres du peintre albigeois, conserve notamment une importante collection d’art moderne.

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